
Violences obstétricales : ces accouchements qui laissent des cicatrices invisibles
- elikiamoyi

- 4 mars
- 3 min de lecture
Accoucher devrait être un moment de vie. Pour certaines femmes au Congo, il devient un traumatisme. Entre humiliations, paroles blessantes et négligences, des pratiques en salle d’accouchement transforment la maternité en épreuve silencieuse.

Accoucher au Congo peut parfois se transformer en véritable cauchemar. Loin de l’image rassurante d’un moment entouré de soins et de bienveillance, certaines femmes se retrouvent confrontées à des engueulades de sages-femmes, des moqueries humiliantes, des paroles blessantes et un manque criant de compassion de la part du personnel soignant. Raison pour laquelle beaucoup se tournent vers des cliniques privées ou recherchent une sage-femme « de prédilection », perçue comme plus attentive.
En salle d’accouchement, alors que la douleur est déjà intense et la vulnérabilité extrême, des femmes racontent avoir été rabaissées, culpabilisées ou ignorées. « Arrête de faire ton cinéma, si ton enfant meurt cà sera de ta faute »… Des phrases qui marquent à vie et laissent des cicatrices invisibles.
Nombreuses sont celles qui ont vécu ces violences obstétricales, physiques ou psychologiques, mais qui ont été contraintes de se taire. Par peur de représailles, par crainte d’être mal prises en charge lors d’un prochain accouchement, ou simplement parce que dénoncer compliquerait les choses, le silence devient une stratégie de survie.
« C’est vraiment éprouvant quand ta femme est dans le bloc d’accouchement. On est obligé de se soumettre aux caprices des infirmières, qui profitent de leur statut pour vous malmener », avance Jules, dont l’épouse a récemment accouché. « Ma femme était tellement sous le choc qu’elle en a souffert même après sa sortie de l’hôpital » raconte t-il .
Ces traumatismes, souvent banalisés, ont pourtant des conséquences profondes : peur de retomber enceinte, dépression post-partum, perte de confiance envers le système de santé. Prosperianne Peko, infirmière dans une clinique de la place, reconnaît que « le manque d’écoute et la pression dans certains services peuvent conduire à des comportements inappropriés, qu’il faut corriger ».
Derrière les murs des maternités, des souffrances persistent, étouffées par la normalisation de pratiques abusives et l’absence de mécanismes de plainte accessibles et protecteurs. Briser le silence autour des violences obstétricales, c’est reconnaître la dignité des femmes, rappeler que donner la vie ne devrait jamais rimer avec humiliation, et exiger un accompagnement respectueux, humain et sécurisé pour toutes.
Briser le silence, c’est aussi affirmer qu’une femme en travail n’est ni capricieuse ni coupable. C’est rappeler que la maternité est un lieu de soin, pas de jugement. C’est inviter les autorités sanitaires à renforcer la formation à l’éthique et à l’écoute, à mettre en place des mécanismes de plainte sécurisés, à proposer un accompagnement psychologique post-accouchement, et à promouvoir une véritable culture du respect en salle de naissance comme dans d’autres cieux.
En Afrique subsaharienne, plusieurs études ont mis en évidence que de nombreuses femmes déclarent avoir subi un manque de respect ou des traitements abusifs en maternité. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte depuis plusieurs années sur ces pratiques et appelle à garantir des soins maternels respectueux et centrés sur la femme.
Au Congo, le phénomène reste peu documenté officiellement. Il est rarement dénoncé publiquement, mais les témoignages circulent, souvent à voix basse, dans les quartiers, les familles, les groupes de femmes. Une réalité qui mérite d’être entendue, documentée et prise en charge avec sérieux.
Définition des violences obstétricales
Le terme « violences obstétricales » désigne les mauvais traitements subis par des femmes pendant la grossesse, l’accouchement ou le post-partum. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il peut s’agir :d’abus verbaux (insultes, humiliations, menaces) ;de négligences (laisser une femme seule en détresse) ;d’actes médicaux réalisés sans consentement éclairé ;de discriminations liées à l’âge, au statut matrimonial ou social ;de violences physiques. Reconnaître ces violences, c’est déjà commencer à les combattre.
Annette Kouamba Matondo




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