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Mères trop tôt : le combat silencieux des adolescentes en République du Congo

  • Photo du rédacteur: elikiamoyi
    elikiamoyi
  • 4 mars
  • 3 min de lecture

Tomber enceinte à l’adolescence ne relève pas seulement d’un bouleversement intime. Au Congo-Brazzaville, c’est souvent le début d’un parcours semé de rejet, de stigmatisation et de ruptures scolaires. Pour de nombreuses jeunes filles, la grossesse précoce marque une traversée du désert qui hypothèque durablement leur avenir.


Suzy en sait quelque chose. Accueillie dans la famille du père de son enfant, elle dit avoir rapidement perdu son statut de belle-fille pour devenir « la bonne à tout faire ». « Les sœurs du père de ma fille se moquaient de moi sans arrêt », confie-t-elle, encore marquée par cette période. Derrière les tâches ménagères imposées, elle garde le souvenir d’humiliations répétées et d’un isolement profond.


Grâce, elle, est restée au domicile familial. Mais le silence de son père a pesé comme une sanction. « Il m’adressait à peine la parole », raconte la benjamine d’une fratrie de cinq enfants. Unique fille entourée de quatre frères, elle se souvient du choc provoqué par l’annonce de sa grossesse. « J’ai énormément déçu mon père. Il a même été hospitalisé. Ma mère était coincée entre lui et moi. » Un climat lourd, fait de non-dits et de culpabilité.

Même épreuve pour Gerphine, tombée enceinte à 15 ans. Les moqueries de camarades, parfois même de certains enseignants, l’ont poussée à abandonner provisoirement l’école. « Je ne voulais plus aller en cours », dit-elle. Après l’accouchement, son père a tranché : elle resterait à la maison pour s’occuper de son enfant. Pendant ce temps, le géniteur poursuivait sa vie sans contrainte particulière.


Ces trajectoires sont loin d’être isolées. Dans l’espoir de trouver soutien et orientation, de nombreuses adolescentes frappent aux portes d’organisations de la société civile telles qu’Azur Développement, Action de Solidarité Internationale (ASI), Femme d’Afrique, Femmes d’Avenir (FAFA), Association des jeunes mères du Congo (AJMC), Association S.O.S Femme du Congo ou encore le Cercle d’action pour la promotion du bien-être social (CABS).


Dans ces structures, les jeunes filles arrivent souvent « cabossées », fragilisées par les ruptures familiales, la précarité et le regard social. Car la maternité précoce impose des responsabilités lourdes, difficilement compatibles avec le fonctionnement scolaire classique : horaires rigides, absence de structures d’accueil pour les nourrissons, jugements de certains encadrants. Autant de freins qui favorisent le décrochage.


Des solutions encore insuffisantes


Pourtant, des pistes existent. « On pourrait mettre en place des classes de rattrapage, des horaires aménagés et surtout éviter de les isoler des autres élèves pour ne pas créer davantage de frustrations », souligne Paunelie, membre d’Azur Développement. Selon elle, l’accompagnement doit impérativement inclure la cellule familiale. « Une adolescente ne peut pas se battre seule. Elle a besoin d’être encouragée par sa famille à poursuivre ses études. »


Dans les foyers les plus démunis, la pauvreté aggrave la situation. « Faute de moyens, certains parents renvoient leur fille dans la belle-famille, où elle devient parfois une main-d’œuvre gratuite », confie, sous couvert d’anonymat, une assistante sociale. Elle évoque toutefois des avancées : « Grâce aux guichets uniques et au suivi psychosocial, plusieurs jeunes filles ont pu réintégrer le système scolaire. Mais les obstacles restent nombreux. »


Réinsérer les adolescentes mères à l’école, c’est investir dans l’avenir du pays. Une jeune fille qui poursuit ses études devient une mère mieux outillée, une femme autonome et un rempart contre la reproduction de la pauvreté.

Selon les résultats de l’Enquête Démographique et de Santé (EDSC-II), environ 27 % des jeunes filles âgées de 15 à 19 ans en République du Congo sont déjà mères. Au total, près d’un tiers des adolescentes (33 %) de cette tranche d’âge sont concernées par une fécondité précoce, qu’elles soient déjà mères ou enceintes.


Derrière ces statistiques, il y a des visages, des silences, des rêves interrompus. Donner une seconde chance à ces jeunes filles, c’est refuser qu’une grossesse précoce scelle définitivement leur destin.

Annette Kouamba Matondo

 
 
 

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