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Un nouveau départ pour Naliada

  • Photo du rédacteur: elikiamoyi
    elikiamoyi
  • 28 juil. 2023
  • 4 min de lecture

L’histoire de Naliada, 23 ans, donne froid dans dos. Abusée sexuellement par son père entre 9 à 22 ans, Naliada étudiante en troisième année de licence lettres, option philosophie est encore sous l’emprise de la peur. Ses mots, sa voix, ses gestes, tout indique que la jeune fille en phase de devenir femme est à la croisée des chemins entre sa reconstruction et ce besoin de s’affranchir de ce passé qu’elle traine comme un boulet. Entre incertitude et errance, la jeune fille a enfin décidé de mettre un point final à son passé en libérant la parole.


« Papa venait dans ma chambre quand mes petits frères et ma belle-mère n’étaient pas là ou quand tout le monde dormait. C’était un rituel qu’il m’avait imposé ; tant que je ne cédais pas, il ne me lâchait pas. On pouvait rester là toute une nuit et par lassitude, je cédais » dit-elle en baissant le regard, saisie par un sentiment de culpabilité.  « Mon père a commencé à abuser sexuellement de moi à 9 ans » confie Naliada  « je ne pouvais pas compter sur ma belle-mère pour me sortir de cette situation » continue-t-elle. « Elle m’avait fait promettre de garder le silence pour ne pas salir l’image de son mari. Je ne devais en parler à personne, car selon elle, il y avait des choses qu’il fallait garder pour soi » explique la jeune fille qui se terre dans le silence, car dit-elle on ne peut pas témoigner lorsqu’on a en face de soi des gens qui ne veulent ni voir ni entendre des choses insupportables.


Naliada passe ainsi des nuits cauchemaresques, des années d’errance et de mélancolie parfois animée de colère et d’envie de suicide. La jeune fille ne trouve pas d’issue de secours.  « J’étais comme dans une prison, je dépérissais à petit feu, j’allais vraiment mal, mais j’avais honte de parler». L’école va alors devenir un refuge pour elle. «C’était ma planche de salut, au moins pendant les cours, il ne pouvait pas me harceler. Je restais le plus longtemps possible à l’école afin de l’éviter ». Si Naliada ne se décide pas à dénoncer son père, cette dernière se sent honteuse et à peur qu’on la prenne pour une menteuse. «Le viol est un sujet tabou. Comment dire que mon père abusait de moi ? Je me disais que Dieu finira bien par me délivrer un jour, je priais que cela se termine».


Pendant toutes ces années, son père la couvre de cadeaux pour acheter son silence « Il ne me donnait pas de cadeaux pour le plaisir d’offrir. Il s’occupait bien de moi pour me faire taire, et aussi, pour se faire passer pour un père responsable » explique la jeune fille qui affirme que son père avait tout fait pour la soustraire du monde extérieur afin d’avoir une totale main mise sur elle « Je n’avais pas le droit de sortir, d’avoir des amis filles comme garçons » dit-elle en fondant en larmes.


L’élément déclencheur


Ce qui pousse la jeune fille à délier la langue est qu’elle mourrait à l’intérieur et que malgré tous ses efforts à vouloir s’en sortir elle n’y parvenait pas. «  J’en avais ras-le-bol, je me détruisais en gardant le silence, je me sentais très mal… Et à la télé il y avait des histoires similaires  à la mienne où des enfants dénonçaient leurs parents, c’est ce qui m’a poussé à le faire » dit-elle en sanglotant.


Elle fugue pour rejoindre sa mère à Pointe Noire et mettre fin à ce traitement que lui infligeait son père. «C’est alors que j’ai décidé de briser ce mur de honte qui m’empêchait de vivre comme tous les enfants de mon âge et d’en parler à ma mère. Quand je me suis confiée à elle, ma mère était bien sûr choquée et en colère. Avec maman et ma grand-mère, on est allé voir mon père, qui a reconnu les faits. Il a aussi avoué les faits devant sa femme et sa mère ».  Naliada en veut à sa belle-mère de ne pas l’avoir protégé « Quand l’affaire a éclaté au grand jour, elle s’est excusée, me disant qu’elle arrangeait les choses dans le calme et que les décisions des hommes sont désastreuses et que c’était à dieu de résoudre ce problème»


Libérer la parole a été une décision salutaire pour la jeune fille qui commence tout juste ses séances avec un psychologue. Mais il faut y aller doucement, les blessures sont bien présentes, et celles qui semblent se cicatriser s’ouvrent à la moindre occasion. «  Les victimes d’inceste oublient difficilement  et celles qui y parviennent développent une valorisation du moment présent » révèle la psychologue qui a requis l’annonymat


En plein processus de reconstruction la jeune fille est consciente que 13 années de vie volée ne se réparent en un claquement de doigts. Son vœu est d’aller de l’avant et de réaliser son rêve d’enfance : être styliste modéliste. « Même le choix de faire la philosophie, c’est mon père qui me l’avait imposé »  a reconnu Naliada, qui sort petit à petit de sa longue traversée du désert.


Enfin comme la soulignait Bonélie Nganongo, au guichet unique d’Azur Développement/Brazzaville « Beaucoup de personnes restent impunis comme le père Naliada et ces derniers peuvent de nouveau reproduire les mêmes actes sans être inquiétés. Briser le silence comme le font de plus en plus les personnes victimes de viol est un grand pas pour la restauration de ces victimes, mais aussi un puissant pouvoir pour condamner les agresseurs» a fait savoir madame Nganongo. Il est donc temps que la population prenne conscience, (victimes ou témoins silencieux) et dénonce le viol via des campagnes de sensibilisation de grande envergure, avec  un numéro vert que l’on pourra  gratuitement appelé.


Annette Kouamba Matondo

 
 
 

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