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Lékoumou : La timide intégration des autochtones

  • 29 sept. 2021
  • 3 min de lecture

(CRP/Syfia) Marginalisés, victimes de préjugés ancestraux… A Komono et Makoubi, dans le département de la Lékoumou, les autochtones peinent à faire valoir leurs droits. Grâce à l’école, les mentalités commencent à évoluer.


« Les bantous ne veulent pas qu’on se lave dans les mêmes eaux qu’eux. Ils disent que nous sommes sales. Et quand on se rencontre, ils s’éloignent… », résume Marie Mbayi, une autochtone de Komono, la cinquantaine révolue, divorcée et mère de quatre enfants.

A Komono et Makoubi, localités du département de la Lékoumou de 14 600 et 1 500 habitants environ, situées respectivement à 65 km et à 30 km de Sibiti, les autochtones représentent près de 30 % de la population totale. Au quotidien, ils endurent toutes sortes de discriminations. « Les bantous ne consomment pas nos maniocs. Ils achètent à la rigueur notre gnetum africanum (coco ou mfumbu, Ndlr) ou notre viande de chasse », observe encore Marie. Véronique Ngouala, sa sœur aînée, est très en colère : « Les bantous nous considèrent comme leurs esclaves. Pour eux, voir un autochtone dans une meilleure situation sociale est la pire des choses ! »

Des jalousies et préjugés tenaces, malgré certaines actions. « Nous avons pris le temps de vulgariser la loi de 2011 portant promotion et protection des droits des populations autochtones. Nous avons même organisé une journée de l’autochtone, sous la direction de madame l’administrateur maire », détaille Daniel Ngalouo, secrétaire général du district de Komono. Mais, rien ne semble changer, même à l’école…


Abus sexuels, calomnies, injures

« Entre injures, calomnies et préjugés, mon petit-fils a quitté l’école parce qu’il ne s’y sentait plus à sa place », regrette Véronique, grand-mère d’un enfant d’une dizaine d’années. Elle se console auprès de son mari bantou : « Il m’encourage et me soutient. Il m’aide par exemple aux champs et, au moment des récoltes, il va vendre à ma place nos produits... Ce qui me comble, c’est que mes beaux-parents, eux, mangent désormais ma nourriture et m’acceptent comme je suis. »

Si Véronique a trouvé chaussure à son pied, Marie, sa petite sœur, a elle divorcé de son mari bantou alors qu’elle vivait à Pointe-Noire. « Mon foyer a commencé à battre de l’aile quand il a épousé une femme de sa communauté. Elle lui a dit qu’elle ne pouvait pas être la co-épouse d’une autochtone ! » Marie a donc décidé de revenir à Komono, croyant que la situation s’était améliorée. « Je me rends bien compte qu’elle n’a pas évolué d’un iota ! », déplore-t-elle aujourd’hui, songeuse.

A Makoubi, plusieurs autochtones sont de leur côté excédées face aux récurrents abus sexuels dont elles sont victimes. Lasse et en colère, l’une d’entre elles menace : « Si ces bantous continuent à abuser de nos filles, nous ferons des fétiches pour que, s’ils sortent encore avec elles, leurs sexes pourrissent ! »


« Se battre pour aller à l’école »

Changer de mentalité ? Pour l’heure, Emile Bayeni, un malvoyant représentant des autochtones du quartier Fouya (Komono) n’y croit pas. « Les bantous nous considèrent toujours comme des sous-hommes. C‘est pour cela que j’exhorte mes enfants à se battre pour aller à l’école même s’ils sont victimes d’exactions », explique ce dernier, fier de son fils aîné, en première année à l’université Marien Ngouabi à Brazzaville. Fatigués d’endurer les préjugés, beaucoup songent à partir ailleurs. « A Sibiti, les autochtones sont mieux intégrés qu’à Komono. La plupart de nos enfants préfèrent donc partir là-bas », explique Véronique.

Un tableau peu reluisant que Daniel Ngalouo et l’administrateur maire de Komono tentent d’améliorer. « Quand les autochtones ont des litiges, si nous sommes informés, nous prenons nos responsabilités, de telle sorte que leurs droits soient respectés. Nous organisons notamment des médiations entre les deux parties », avance Daniel. Il ajoute, résolument optimiste : « Très sincèrement, il y a un changement de mentalités de la part des bantous. La preuve, lors des examens d’Etat, nous avons eu des élèves autochtones qui ont passé le BET (Brevet d’études techniques) et le BEPC. C’était rare, il y a encore quelques années… »


Annette Kouamba Matondo

Juillet 2016

 
 
 

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