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Le médias du Congo : une histoire et un héritage à transmettre

  • Photo du rédacteur: elikiamoyi
    elikiamoyi
  • 22 janv.
  • 4 min de lecture

Présenté au public le 17 janvier dernier dans la salle André Gide de l’Institut français du Congo (IFC), " Les médias du Congo: une histoire et un héritage à transmettre", film documentaire de Terrence Ralph Lilian porté par l’Union des femmes des médias du Congo (UFEMCO), propose une plongée dense et engagée dans l’histoire de la presse congolaise. D’une durée de plus d’une heure, le film dépasse la simple chronologie médiatique pour interroger, plus largement, le rapport entre médias, pouvoir politique et construction nationale à travers les différentes époques du pays.


Dès son ouverture, le documentaire pose un cadre symbolique fort. Un chant, suivi de chiffres projetés à l’écran, précède l’apparition des premières images d’archives. Un discours sur l’indépendance résonne tandis que défilent des images de baffles et que s’ouvre la porte emblématique de la Télévision congolaise. Ces premières séquences installent une atmosphère empreinte de mémoire et de questionnement, annonçant un film qui se veut autant historique que réflexif.

La voix de la réalisatrice Durly Emilia Kidissa Gankama intervient alors pour interroger la place et le rôle des médias avant et après l’indépendance. Le film revient sur l’effervescence postcoloniale, période charnière durant laquelle les médias congolais se structurent et se multiplient, portés par l’élan d’une nation en quête de repères et de souveraineté. La création de la télévision congolaise apparaît comme une décision majeure, symbole d’une volonté de maîtrise de l’information et de l’image nationale.


Pendant plusieurs décennies, Télé Congo s’impose comme la principale source d’information et de divertissement. Le documentaire restitue cette époque à travers des témoignages de journalistes et d’acteurs des médias, qui évoquent un temps où la télévision constituait un véritable lieu de rassemblement social. On se réunissait pour regarder, écouter et partager, faisant de l’écran un espace collectif au cœur de la vie quotidienne.

Le film n’élude pas pour autant les zones d’ombre de cette histoire. Il rappelle que, durant la période du monopartisme, la télévision était avant tout celle du parti unique. Les images d’archives illustrent une télévision instrumentalisée, devenue un outil de propagande au service du pouvoir politique, révélant les liens étroits et parfois contraignants entre médias et autorités.


L’arrivée du pluralisme politique marque, selon le documentaire, un tournant décisif. Le film évoque l’« âge d’or » des médias audiovisuels congolais, caractérisé par l’ouverture des espaces de liberté, la diversification des voix et l’émergence progressive d’une véritable liberté d’expression. Cette transition est présentée comme un moment d’espoir, mais aussi de défis pour la profession journalistique.


En donnant largement la parole aux journalistes, ce long métrage se distingue par sa dimension humaine. Les intervenants racontent leur rapport au métier, leur parcours, leurs motivations, entre vocation, hasard et engagement. À travers ces récits, le film esquisse une histoire sensible des médias congolais, faite de convictions profondes, de contraintes politiques et économiques, mais aussi d’idéaux et d’espérances.


Bien accueilli par le public lors de sa projection, le documentaire n’en demeure pas moins perfectible sur certains aspects narratifs et rythmiques. Toutefois, sa force réside dans son ambition : celle de préserver la mémoire, de valoriser les archives et de transmettre aux générations futures une histoire médiatique indissociable de celle de la nation congolaise.


« Les médias du Congo: une histoire et un héritage à transmettre" s’impose ainsi comme un film nécessaire, à la croisée du témoignage, de l’archive et de la réflexion critique sur le rôle fondamental des médias dans la construction et la transmission de l’histoire collective. Plus qu’un récit factuel, le documentaire montre comment des voix peuvent faire voyager dans le temps, et surtout comment elles créent un pont entre les générations, entre celles qui ont fait l’histoire et celles qui en héritent.


Genèse du film documentaire



Invité à l’origine comme photographe pour documenter l’exposition  " Femmes et médias du Congo, histoire en images" Ralph le réalisateur ne se doutait pas que cette collaboration allait donner naissance à un film. Au fil des échanges, des rencontres et des interrogations partagées, l’idée d’un documentaire s’est imposée presque naturellement. Un film qui, très vite, a dépassé le cadre initial pour prendre une dimension plus profonde, presque urgente.


À l’origine de cette démarche, un constat troublant : le manque de récits dans lesquels les Congolais peuvent se reconnaître. Longtemps, les films qui ont façonné l’imaginaire collectif racontaient des histoires venues d’ailleurs. «  Cette absence de récits locaux, de visages familiers et de mémoires partagées a progressivement nourri une réflexion plus large sur la place du documentaire et sur la nécessité de raconter nos propres histoires » a fait savoir le réalisateur .


En s’engageant dans ce projet, l’équipe pensait trouver une abondance d’archives, des images et des sons prêts à être mobilisés. La réalité fut tout autre. Les archives médiatiques se sont révélées rares, fragmentaires, parfois éloignées, souvent perdues. « C’est précisément de ce manque qu’est né le film : de ce vide laissé par une mémoire peu archivée, peu transmise, rarement considérée comme une urgence » a souligné Ralph.


Deux œuvres ont profondément inspiré cette démarche. Le Cimetière de la pellicule du cinéaste guinéen Tierno Souleymane, qui interroge la mémoire cinématographique africaine à travers la quête d’un premier film réalisé avant les indépendances, pose une question essentielle : où se trouve notre mémoire, en Afrique ? À cette réflexion fait écho L’image manquante de Rithy Panh, œuvre puissante sur l’absence, sur ce qui n’a pas été conservé, transmis ou reconnu comme digne d’archive.


Enfin, ce projet est aussi une rencontre entre disciplines. Le réalisateur, sans formation journalistique classique, revendique une approche intuitive et expérimentale, jouant avec les images, les sons et les matières. " Femmes et médias du Congo, histoire en images" invite ainsi le public à regarder autrement : à engager, après la projection, un dialogue nécessaire sur la mémoire, les archives et la transmission.

 

AKM

 
 
 

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