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Sortir de la Nasse, Tome1, la nasse de l'éthos, de Sainval Dimitri Olingui

  • Photo du rédacteur: elikiamoyi
    elikiamoyi
  • 30 sept. 2022
  • 6 min de lecture

Édité chez Le Lys Bleu, « Sortir de la Nasse, Tome 1, La nasse de l’éthos », de Sainval Dimitri Olingui, essai en sciences humaines de 421 pages, relate l’histoire de la perte de l'identité et des cultures africaines en général et Bantou en particulier, à travers un cas école: celui de l'ethos Mbéré ou Mbéti.


Dès les premières pages, l’auteur sonne le glas, il se questionne sans ambages sur les solides équilibres sociopolitiques et les modèles de gouvernances construits avant la colonisation. «…Il y avait pourtant une organisation sociale très avancée, garantissant une stabilité politique, et un équilibre écologique à l’opposé des politiques létales et biocides héritées de l’occident. Cette organisation sociale soutenue par une parfaite maitrise de la nature profonde de l’homme et encadrée par des sociétés secretes et cultes traditionnels, comme le Ndjobi, chez les mbéré a pu tirer des hommes vers la droiture maximale et tendre les communautés vers des valeurs morales étanches, au point que des maux comme le vol, l’assassinat, le viol, l’adultère n’étaient pas connus du commun des mortels» lit-on dès la douzième page de cet essai.


L’auteur fait une sorte d’étude des clans pour mieux saisir les paradoxes entre les différentes classes en décrivant spécialement l’art de vivre des Mbéré et des Kouyou, en évoquant les crises qui ont jalonné la vie de ces clans à travers une chronique à la fois intime et social évoluant sur près de trois générations auquel il rend hommage.


Par sa plume intimiste, l'auteur permet également au lecteur de faire incursion dans sa sphère familiale, qui est, elle aussi, une cellule de l'humanité. Il brosse avec humour acéré le portrait d’une figure paternelle excentrique qui avait une conception différente du mariage par rapport à ses contemporains pour qui la polygamie était la solution à tous les problèmes de couple. « Norbert considérait une union comme un pacte et si l’amour n’y était plus, les conjoints étaient libres de refaire leurs vies car, pour lui, la polygamie était une situation dangereuse… ».


C’est ainsi que l’on est transporté au cœur de douloureux et attachants secrets de famille, bouleversant à jamais la vie de plusieurs femmes, et/ou les sentiments tels que le bonheur, le pardon, le déchirement, sont dépeints avec un mélange d’humour et de tendresse, au milieu d'une famille instable. Il suit une approche sociologique mettant en avant les interactions entre individus, familles et/ou clans, s’appuyant sur des petites histoires oralement recueillies auprès de ses ascendants et des faits vécus dans sa tendre enfance.


Pour se donner la légitimité d'aborder un thème qui renvoie aux secrets de l'arrière-pays, à l'instar de la verification des mandats lors d'une palabre relative à la succession et l'héritage d'un mort, dans le premier chapitre du livre. L'auteur né pourtant en ville, commence par décliner son arbre généalogique et les traditions aussi bien de ses ancêtres que de l'Afrique profonde. Il dévoile le fondement et le sens originel des coutumes relatives à la dot (obalé), au lévirat, au sorerat, à l'homonimie (...) en les remettant dans leur contexte spatio-tempemporel, en vue de mieux saisir leurs mobiles.


Une histoire de familles, de clans, de villages, mais aussi de la nation nègre (si l'on peut emprunter ce concept à Senghor et Césaire), car l’auteur fait référence à la religion, à la tradition, aux croyances et parcours initiations antiques (de l'ordre de la panthère ou le Ngô, de l'Onkani ou la Grande école de la notabilité, du Ndjobi...); en les confrontant avec adresse aux nouvelles mœurs en désaccord avec les anciennes. Un livre qui apporte pleins d’informations sur l’histoire du Congo, avant et après la colonisation, ainsi que de la lumière sur les pratiques coloniales dans une partie du monde dont on connait peu de choses.


Abordant la période post-coloniale, l'auteur relate des scènes de la vie au village comme la chasse au gorille ou la bagarre érigée en sport préféré au village Okoba, pour aguérir et éveiller des enfants tenus d'affronter plus tard les dangers de la forêt équatoriale pour survivre au quotidien. Les difficultés scolaires, dont les plus grandes sont l'éloignement des écoles et le manque de structures d'accompagnement qui déscolarisaient des générations entières de brillants élèves sont aussi présentées en détails dans cet ouvrage, qui restera peut être la bible de l'arrière-pays, lorsque l'exode rural aura éliminé les villages.


Le Ndjobi, religion phare des populations des actuelles région de la Cuvette-Ouest, de la Lékoumou (au Congo) et du haut Ogoué (au Gabon) est également étudié en profondeur, de sa création dans Les années 1930, jusqu'à sa destruction lors du choc avec les acteurs du messianisme religieux des années 1990. L'auteur relate avec passion l'histoire et les épopées glorieuses de cet ordre de protection réservé à la gent masculine. Il fait immersion dans le secret des trois loges de son sanctuaire et détaille, sans tabou, son mode opératoire en matière de représailles et de guérison de mauvais sorts ou d'attaques mystiques comme de lutte contre les pratiques sorcellaires ou magiques à l'instar du "Mouandza", du "Mombandzi ou Mompandzi", des empoisonnements, des complots et crimes y relatifs, de vol, d'adultère etc.


L'auteur relate aussi, dans le chapitre 9, la montée en puissance, puis la déchéance du thaumaturge et prophète Emile Ambiéni, ancien sociétaire du Ndjobi devenu légendaire héros de la lutte contre les coutumes et les sorciers, dont le plus haut fait d'armes fut d'avoir mis fin au Ndjobi dans la quasi totalité des villages Mbéré.Après cette lecture linéaire de l'histoire et de la culture de ce peuple aujourd'hui sans répère, au chapitre 10, l'auteur présente l'anomie sociale et le chaos dans lesquels se noie désormais une société où le vol, l'adultère et les crimes de sang étaient pratiquement éradiqués par la présence du Ndjobi. Dans la section intitulée : Ce chapitre, résultat de plusieurs investigations sur le terrain, évoque des pratiques criminelles venues droit de l'enfer; mais engendrées par la paupérisation avancée des villages.


Le leitmotiv en est une panoplie de crimes supposés rituels et le trafic d'organes ou d'ossements humains, devenu seule véritable source de revenus pour ces générations sacrifiées, sans identité, ni répère fixe.Sortir de la nasse est ainsi une fresque sociale, politique, historique et culturelle qu’anthropologues et friands de l’histoire et de la civilisation africaine s’approprieront volontiers.


Le lecteur parcourt ici toutes les étapes post-traite négrière jusqu’à la situation calamiteuse actuelle, vu que les congolais et les africains en général ont apostasié leurs coutumes au profit de la « modernité ». Résultat des courses:« ...des mendiants partout et même dans les villages ou tout fonctionnaire en congé se voit assiégé par des visiteurs et flatteurs demandant tous, crument ou intelligemment, l’argent; des enfants de la rue dans toutes les villes, une corruption endémique généralisée n’épargnant aucune couche de la société; la prostitution, y compris celle des mineures; une violence urbaine indescriptible » Cf. page 15.Sortir de la nasse est aussi un grand saut vers le passé, pour nous emparer de notre histoire, nos coutumes et croyances, afin de permettre à l'africain de se réapproprier son histoire après un courageux regard introspectif sur les causes de la décadence de nos sociétés.


Il nous ramène enfin au questionnement de soi, en incitant le lecteur à mettre au placard ce qui l’empêche d’avancer

sereinement. « Quand on se perd au milieu de la jungle, il faut retourner au dernier carrefour franchi, pour retrouver ses repères et mieux se relancer vers l’avenir. Ce carrefour c’est nos racines » dit-il, en bon précurseur de la vague "Bokoko", qui a récemment exprimé un sincère besoin des populations de recourir à l'authenticité bantou.


Enfin, navigant entre satyre et réalisme, Sortir de la nasse, cet essai-fleuve qui charrie les ombres de l’histoire d'un peuple dispersé sur deux pays et trois régions, exhume des souvenirs enterrés pour guérir, apaiser et reconstruire aujourd'hui ou plus tard. C’est finalement une invitation aux africains en général à se réapproprier leurs valeurs morales torpillées par la politique coloniale et des religions importées dont la portée sur la transformation sociale et normative s'est avérée calamiteuse.


Qui doutera du fait que plus les églises se multiplient dans nos villes, plus les valeurs morales et les moeurs se dégradent? Cela ne démontre t-il peut être pas que les religions importées ont brillamment échoué là où nos traditions avaient réussi à garantir la paix, l'harmonie et l'équilibre sociale dans des villages où chaque famille avait équitablement accès aux minimum économique vital? Pourquoi ne pas s'inspirer des methodes socioculturelles qui ont fait leurs preuves dans la construction de sociétés équitables et équilibrées s’interoge donc l’auteur?


Annette Kouamba Matondo

 
 
 

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