Féminisation du métier de bâtiment: Tendresse Manaka en fait partie.
- elikiamoyi

- 19 mars 2022
- 4 min de lecture
Ainée d’une famille de trois filles, Tendresse âgée de 22 ans est une passionnée du bâtiment. Emmitouflée dans sa combinaison, elle prend plaisir à lisser le béton, à préparer manuellement son enduit, et enfin à travailler en hauteur. Rencontre avec une force de la nature qui compte bien gravir les marches dans ce secteur d’activité majoritairement masculin.
Truelle taloche, spatule et pelle en main, Tendresse passe d’un outil à un autre pour élaborer son travail. C’est avec beaucoup de bonheur qu’elle bêche, remue, malaxe terre et ciment… Des taches journalières qu’elle exécute à présent avec beaucoup de dextérité. « Ça n’a pas toujours été le cas, mais en dépit des railleries et taquineries machistes des garçons, je n’ai jamais pensé à jeter l’éponge » a fait savoir Tendresse.
« Le bâtiment est une dure école, qui forge les caractères. Celles qui y restent le font par amour du métier » informe Tendresse qui a dû travailler et s’impliquer davantage plus que ses collègues hommes pour gagner leur confiance. « Au départ de la formation, nous étions 7 filles et la fin de la formation, je me suis retrouvée seule avec 20 garçons » a fait noter cette dernière
En effet, malgré d’énormes progrès dans les mentalités, il n’est pas toujours facile aux filles d’avancer dans ce monde majoritairement composé d’hommes a laissé entendre Audrey Glwadys Mpandzou, directrice au CEFA (Centres d’Education de Formation et d’Apprentissage). « Non pas que les hommes s’y opposent farouchement, mais parce que ce n’est pas dans les mœurs. Et il y a des phrases assassines dans le genre " est ce que tu pourras t’en sortir ? Pourquoi tu ne fais pas la coiffure ou la couture comme toutes les autres ? " Des phrases qui rabaissent, frustrent et poussent les plus sensibles à abandonner leurs rêves » explique la directrice qui lors des entretiens en début d’année, encourage les filles à ne pas se laisser influencer mais plutôt à travailler fort afin de se faire accepter et respecter par leurs collègues.
Mais le succès des filles qui réussissent dans le bâtiment repose sans aucun doute dans la motivation comme l’a indiqué Tendresse « C’est par choix que je fais ce métier, c’est un rêve d’enfant que je réalise malgré le fait que ma mère ait émis quelques réticences car selon elle, c’est un métier à risque » a fait savoir Tendresse qui a promptement obtenu la bénédiction de son père qui évolue aussi dans la construction. « Cela me fait plaisir, quand j’ai des marchés je fais appel à Tendresse et elle s’en sort bien » a fait savoir monsieur Manaka qui compte bien transmettre son savoir faire à sa fille.
Un parcours jonché d’obstacles
Après deux ans de formation en bâtiment au CEFA, Tendresse se lance très rapidement dans le monde du travail grâce à son père qui l’engage dans un projet dans le nord du pays. Une aubaine pour la jeune fille qui peut enfin mettre en pratique ce qu’elle apprit à l’école. « Cela m'a permis de parfaire mes connaissances au contacte des autres collègues » a témoigné la jeune fille qui trouve très vite sa place au sein de cette équipe composée spécifiquement d’hommes. « j’ai dù redoubler d’efforts et parfois faire fi de certaines remarques désobligeantes pour ne pas être le pantin du groupe » a fait noter cette dernière qui avoue avoir peiné les premier jours à bien malaxer le ciment. « Mais à couts d’efforts je suis parvenue, et c’est une grande fierté pour moi» assure la jeune fille souriante.
De plus sa fermeté, lui a valu le respect de ses collègues « Tendresse, c’est une bosseuse, elle ne te donne pas des raisons farfelus à tout bout de champs. Quand il fallait escalader un mur pour travailler en hauteur, elle le faisait sans faire de chichis et cela nous fascinaient » a fait savoir un de ses collègues de formation. Au travail acharné, Tendresse a fait des recommandations de la directrice sa priorité « Pendant la formation on nous a martelé qu’il n’était pas bon de sortir un avec un membre de son équipe à combien plus forte raison celui qui vous emploie. » fait remarquer cette dernière qui compte repartir en formation pour obtenir son diplôme d’ingénieur en bâtiment.
En attendant, elle cible ses marchés pour pouvoir mettre la pâte aux dépenses de la maison. « Même si les projets ne courent pas rues, mais j’arrive à travailler via les connaissances de mon père et cela me permet d’avoir un revenu pas régulier mais conséquent pour pouvoir apporter ma contribution à la maison, ce que mon père accepte difficilement » a révélé Tendresse qui espère voir les choses s’améliorer dans ce secteur. « En général le mètre carré est 2500fcfa, mais avec la crise sanitaire, les tarifs baissent quelquefois jusqu’à 1500fcfa. Mis au pied du mur, on est souvent obligé d'accepter le compromis en espérant fidéliser le client» a revelé cette dernière qui, pour décupler ses chances s’est aussi lancée dans la fabrication des pavés, la pose des carreaux car Tendresse a en tête de créer sa propre boite et inciter les filles à se lancer dans ce secteur.
Berna Marty










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